« Minotaure »
Dernière mise à jour : il y a 1 heure
de Andreï Zviaguintsev (2026)

2022, la Russie est en guerre avec l’Ukraine. Gleb est un chef d’entreprise dans les bons petits papiers du gouvernement, qui vit avec sa magnifique femme Galina et son fils dans une petite ville de province. Une vie d’apparence parfaite, qui cache bien ses failles. Outre l’instabilité croissante et les décisions compliquées auxquelles il est confronté pour sauver son entreprise, son couple bat de l’aile. Un climat d’insatisfaction et de violence qui s’intensifie, au risque de faire basculer les dernières bribes d’équilibre.
Si « Minotaure » naît comme un remake de « La Femme Infidèle » de Claude Chabrol, Andrei Zviaguintsev se l’approprie entièrement, tant sur le plan scénaristique que sur le plan esthétique. Le cinéaste russe, connu pour ses films d’un naturalisme implacable, prends soin de construire son adaptation autour du même réalisme social, âpre et désenchanté qui caractérise son cinema.
Contrairement à l’œuvre d’origine, le « Minotaure » de Zviaguintsev se déploie sur fond politique. Si les tensions géopolitiques ne constituent pas le cœur du récit, elles sont suffisamment intégrées dans le décors pour appuyer la tension dramatique, de ce qui part surtout d’un drame conjugal. Par conséquent, la mise en scène est encore une fois au service de cette tension dramatique.
Le film se déroule sur un rythme lent et contemplatif, soulignant cette tension sourde. Sa caméra est distante et statique, aux mouvements précis, sans chercher à faire des artifices de possibles émotions, le tout dans un cadre d’intérieurs modernes, géométriques et impersonnels, provoquant presque un sentiment d’enfermement, ressenti par le spectateur, mais surtout observé chez les personnages.
Un excellent film, à la maîtrise totale, qui s’inscrit admirablement dans la continuité de l’exploration, par Zviaguintsev, d’un monde perverti par la corruption, le mensonge et la violence, qui finissent par contaminer jusqu’aux relations humaines.
« Minotaure » traduit encore une fois le pessimisme moral, social et politique de son réalisateur.
Sortie salle (France) : 14 octobre 2026, Les Films du Losange




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